Paul Gourdon – Il est des poèmes – 74 mars

Il est des poèmes
Comme des caisses à résonance
Qui vibrent les mots sur nos torses
Et ces mots nus
Alignés
Verticaux
Sont la liste des courses qui nous restent à souffler
J’ai déjà dit Paris
Jamais écrit
Comme si je devais parler de la main qui tremble le texte
Je n’ai jamais dit Paris
Dans un poème
Ou alors c’est tombé par hasard
Ce qui est important est toujours en dehors
De la poésie
Ou au centre
Plutôt
Je n’ai jamais dit Paris
Pour mieux tourner autour
Et y poser mes pattes
Petite pieuvre d’amour
D’autres mots doivent être écartés
Comme soleil ou ténèbres
Habitudes d’un autre temps
Comme coeur ou comme veine
La chance
Et le ciel
Et Nuit surtout
Paris des yeux
Aux alcools du matin
Révolvérons ces mots
Et Liberté
C’est pénible dans un poème
À dos de ticket de caisse
De marquer liberté
Et toi, lui, elle
Ou Paris à contrecourant
Lumière et ville
Aussi
On peut s’en passer
Mort
Trop attendue
À virer aussi
Avec les saisons
L’Automne oblique
Et tous les paysages
Qui se posent en ordre
Le long de la page
Et puis le mot en F
On a dit France
Ou Froid
Ou danse
Il faut révoquer Solitude
Solitude
Toute seule
Pour la laisser dans la foule
Et ville-lumière
Mais on se répète
Paris-Nuage
Orage ou muette
Bougie encore
Ou tout ce qui brûle
Même le givre
Poème ou brume
Encore que nuit pose plus de problèmes
Avec amour
Qui sonne si fuite
Révolvérons ces mots
Silence
Réamochons ces mots
Mer ou fleuve
Et ce qui coule pour noyer peine
Ou carnage
Répétons ces choses
Non
Répétons les vieux gestes
Lignes
Courbes
Rayons
À plonger dans la terre
Parole ensablée
Ou femmes assoupies
Ou Paris
L’alarme à l’oeil
Au chant des sirènes
Et larmes
Et larmes
Et larmes
Larmes
Et si notre peine est capitale
Faisons le pari
Qu’elle gagnera nos corps tout entiers
Circulant, plein verre
Comme la joie et la révolte
Dans un jour pâle mais chair.
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