Romuald – L’anar est jardinier – 68 mars

Il y a des temps
Où la terre s’efface
Au profit des petits hommes
Où les petits hommes s’effacent
Au profit de leurs crimes
Et le reste des jours
Les crimes se cultivent
Au plus profond des sols
L’on y charrie des corps
Des âmes et des villages
Aux enfants à l’hideux ventre vide
L’on y sème du béton
Du vulgaire sans avenir
L’on y cloisonne l’espèce
Pendant que d’autres meurent
L’on chie de la violence
Comme une diarrhée sans fin
Assistant, bien assis
Au fond d’un lupanar
À la décrépitude
On lorgne par la fenêtre
Aux vieux volets fermés
Le jour de notre naissance
Ce qu’on devine du monde
La manne de quelques-uns
Assassine à peu de frais
Sous caution du facile
Le destin imbécile
Que seuls certains écrivent
Il y a aussi des jours
Où la terre s’avachit
Sous le poids de la colère
Elle gronde, elle tremble
Ne sachant reconnaitre
Sa peur de sa terreur
Mais il y aura un jour
Où tout disparaitra
Où s’étaleront, usés,
Dans les rues enflammées
Les corps des fainéants
Des sans idées
Des paresseux
Qui n’auront cru en rien
Qu’en leur télé, leur vin
Leur jeu et leur jardin
Et vous me direz peut être
Que je ne peux rien y faire
Et vous non plus d’ailleurs
Ne faites pas taire mes larmes
C’est tout ce que je demande
Mirez-vous dans cette eau
Sorti du fond d’un cœur
Voyez-y votre chagrin
Dites-vous que vous n’êtes pas mort
Pas encore, pas demain
Allumez-moi les hommes
De la grâce qu’ils ignorent
Faites sortir les corps
Que l’on juge le présent
Je veux un tribunal
Fait d’os et de remord
Je veux un tribunal
Ou n’existe qu’une seule peine
Celle la folle honte
Qui vous pousse à bâtir
Des autels pour demain
Pas les cimetières d’antan
Nous serons tous coupables
Perdu dans le vaste funeste
A cracher à la face
De nos identités
Celles violées par les pères
D’un monde anthropophage
La tourmente s’installera
Le chaos poussera
Comme une mauvaise herbe
Amenant avec lui
Des graines de salut
Qu’il faudra cultiver
Dans l’ancienne terre des hommes
Et un peu dans nos corps
Elles germeront
Par un jour d’hiver mort
Eclairées par le ciel
Et le soleil rasant
Nos visages souriront
Comme un lointain souvenir
Des êtres que nous étions
A l’âge de dix ans
Et à grand coup de pelles
De pioches et de massue
Nous casseront les coffres
Ou s’enferment nos rêves
Nous les mettrons en terre
Attendant patiemment
Que les autres en profitent
Nous serons morts déjà
A l’aube des premières fleurs
Si nous semons pour nous
C’est le cycle infernal
Qui reprendra le chemin
Nous n’aurons rien appris
Les villages repousseront
Les ventres gonfleront
Les pères revendiqueront
Le sol se remplira
De ceux que l’on ne veut pas
Accueillir ou simplement nourrir
Et nous seront dévorés
Une nouvelle fois
Sans excuse
Sans justice

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