Cécile – Eh! messieurs. – 134 Mars

Nuit Debout les gens chantent. Nuit Debout les gens déchantent. Enchantement, désenchantement. Et demain le monde ? Et aujourd’hui le monde ? Aujourd’hui le monde est dur. Aujourd’hui ça n’a plus de sens. Aujourd’hui ils tuent. Et aujourd’hui plus d’endroit pour respirer, on bétonne, on gaz lacrymogène, et aujourd’hui les poètes sont morts et enterrés. Mais aujourd’hui ça respire, les poèmes parlent, et Nuit Debout chante et déchante dans les ténèbres. Ils ne lâcheront pas, personne ne lâchera, on veut encore vivre, on veut encore respirer, on veut encore deviser, on peut dévisser mais on devisera, on divisera. Et, messieurs, vous ne pourrez pas tout anéantir. Et, messieurs, vous ne saurez pas tout contrôler. Et, messieurs, toujours les hommes parleront, les poètes écriront. Et, messieurs, si vous ne pouvez plus respirer, allez crever ailleurs. Que vos miasmes de morts-vivants ne nous écrasent plus. Votre monde est mort, messieurs, votre monde est trop vieux et trop mort pour résister, et un jour des armées sans armes s’élèveront au milieu des larmes que vous avez laissées. Eh ! messieurs, laissez-nous respirer, on a besoin d’air. Eh ! messieurs, laissez-nous briser pour que l’air rentre enfin.

Messieurs, vous êtes déjà morts, faites place, messieurs, vous êtes trop vieux. Faites place, messieurs, on fera mieux.

Du haut de vos tours, messieurs, du haut de vos châteaux, du haut de vos miradors, nous lancerons des fleurs, nous compterons les heures, nous lâcherons les leurres. Eh ! Messieurs, on ne vous voit plus, on ne vous croit plus. Eh ! Messieurs, lâchez tout. Que puisse enfin renaître la fleur de l’homme au coeur du monde. Que puisse enfin l’homme créer au milieu du rien.

Et sur vos ruines nous ne bâtirons plus. Les empires s’écrouleront.

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