Richard – Au regard des nuages reveurs – 116 Mars

Au regard des nuages reveurs des matins
Mon sourire se fond à l’invisible
Qui derrière chaque rayon solaire
Danse au rythme de mes pensées.

Saisir la vie dans mon regard
Marcher entre les étoiles
Parler aux génies des foret vierges
Voici ici le pas d’un homme lumineux.

Un vers nageait dans l’océan de nos reves
Et les montagnes
souriaient aux audacieux.

Et comme le fleuve
qui coulait sans remord
La vie , elle , passait sans crainte.

Ainsi,

L’univers était indifférent à nos vies.

Marc – Les machines – 116 mars

Les machines

Ton cerf-volant sur les nuages

plane en chemin

tu le diriges vers tes désirs

un monde meilleur

nous avons des machines qui volent sur nos têtes

des oiseaux migrateurs qui ne savent où aller

il faut les arrêter avant qu’elles nous détruisent

elles peuvent nous emmener jusqu’à la fin des temps

mais dans ton cerf-volant

tu es sur ton nuage

il pourra te guider

très loin de ces machines

Cécile – Vieux monde – 106 mars

Ca explose, ça explose dans ce vieux monde. Le monde est vieux et nous sommes jeunes, nous sommes jaunes comme les prairies automnales de la fin des temps. Nous sommes verts comme le président qui se lève le matin plein de morgue, et tire sur le monde, et tire sur la vie, et le monde nous tue, et vive la vie, et trahissant les siens le pic vert mange les mouches aux abois dans le grand ciel vide qui nous enserre. Las des jours sans fin nous partons le ventre vide vers d’autres mondes, mais celui-là court et ne nous ratera pas, ça passe, ça passe, ça pousse, ça pousse, ça pousse devant, ça pousse derrière, ça crie au monde : vive la vie ! Et toi qui te tais et toi qui te terres et toi qu’on tait ouvre le trou de ta bouche pour ne pas tomber face contre terre.

Romain – Rêvolution – 106 mars

Faut-il vraiment qu’on vous le beugle ?
Notre gouvernement est aveugle !
Il nous a déclaré la guerre
Un vieux réflexe totalitaire

On a chanté avec amour
Il a fait semblant d’être sourd
Il nous a déclaré la guerre
Il s’en fout de notre colère

Sous le feu des canons à eau
Dans les nuages de lacrymo
Il nous a déclaré la guerre
A coups de grenades et karcher

Quand on a dit « on vaut mieux qu’ça ! »
On parlait pas des coups d’tonfa
Il nous a déclaré la guerre
Serait-ce la faute à Voltaire ?

On trouve parmi nous des casseurs
Faut surtout pas en avoir peur
Il nous a déclaré la guerre
Pas question de se laisser faire !

Une autre voie, la non violence
Fait partie de la résistance
Il nous a déclaré la guerre
Mais il ne peut pas nous faire taire

Chacun ses rêves, chacun son arme
Sa façon de sonner l’alarme
Il nous a déclaré la guerre
A nous les rêvolutionnaires

Zu Rac – Nuit Debout – 106 mars

Tous ces procédés d’acétone et ces bijouteries carcérales ont eu beau nous ravager la tête, vient le jour enfin où nos crânes peuvent fleurir leurs cheveux d’estragon.

On en aura mangé des déchets, avec une tranquillité volontaire, de celle des nouveaux-nés, la bouche ouverte et les yeux clos, accueillant sans gémir des champs entiers de réverbères, des images aux couleurs impériales, obsédantes, rouge saumon de rivière, des publicités d’apothiquaires et des trafics d’influences pharmaceutiques directement branchés sur les synapses.

Révélez votre identité créative! grâce aux écoles supérieures privées et aux emprunts bancaires.

Foutaises!… Société d’arnaqueurs et mafia gouvernementale. Ils disent : « vendez vos cerveaux à la sauvette sur le marché de l’art naïf! » Eheh, mais les VRPs, c’est nous! transbahutant nos chaines aux pieds, chaines hi-fi, chaines en or et mille cinq cents chaines de TV.
On nous travaille la pensée. On nous travaille à la chaine. A la chaine de causalité circulaire.

Circulez! Y’a rien à voir! si ce n’est encore les réverbères, les réverbères, les réverbères…

Prochain arrêt: métro C. Direction ? Aucune idée. Où va-t-on ? Quelque part – un horizon troublé de destinations indifférentes. Qu’est-ce qu’on veut ? Autre chose. Pourquoi ? Parce qu’au premier jour de glace il y avait un écriteau disant : Assieds-toi! Tais-toi! Sors ta trousse! Écris tout! Retiens tout! Comprends rien!

Alors on passe la nuit debout, et le jour, on dort, debout, aussi. La nuit debout ça veut dire la chouille dehors, peut-être ça mène à rien mais bon, comme tout le reste.

« Il n’y a plus rien! disait Léo. Il n’y a plus plus rien! »

L’espoir, on le cultive avec du froid, du silence qui parle trop, des matraques en silicone et des armées d’automates, d’entrepreneurs et de mercenaires payés rubis sur l’ongle pour qu’on soit tous coiffés à coup d’scalpels, et pis surtout qu’on la ferme! et qu’on s’y fasse à l’insomnie, le nez plongé dans l’oreiller et qui répète « Y’a rien à faire… Attends! » Alors j’attends la fin du monde dans une cellule capitonnée, tombeau trois étoiles et vampire triste.

Et les bombes? Rien à foutre, de toute façon on mourra jeune, c’est sûr, avec tout ce qu’on s’enfile dans le cornet juste pour oublier l’ennui. Mais l’ennui, on le fera taire, la nuit, debout!

Aude Pâris – Implosion – 106 mars

Implosion,

Tu m’as manqué

T’es tu planqué?

Le satellite m’invite

A tourner autour

De toi, de moi

Du monde au bord de l’implosion

ça va chauffer dans les institutions

Tu m’as manqué

T’es tu planqué?

Tour de l’univers

En hélicoptère

Fuir la Terre

Pour aller polluer

Un autre système

Planétaire

Tu m’as manqué

T’es tu planqué?

Placide

Tu brodes

Tandis que d’autres
Une foule
En houle
Une foule très cool
Impulse peut-être
Un autre
Une autre

Etre

Tu m’as manqué

T’es tu planqué?

Tour de l’univers
En hélicoptère
Vont-il nettoyer
Notre système

Planétaire?

Tu m’as manqué

T’es tu planqué?

Lève toi, Amour

Viens voir.

Il fait jour.

Al Gorythm – 31 Marx – 106 mars

perchés
sur les micros des cheminées
ils guettent avec des yeux incrustés d’étoiles mortes
une bave abjecte à la plume
notre agonie
ils veulent trancher la tête
du long serpent des révolutions
qui rampe doucement à travers l’Histoire
de Spartacus à Robespierre
de Louise Michel à Allende
mais depuis toujours
nous sommes les plus nombreux
parce que nous sommes les inventeurs

vous êtes une révolution de fourmis lancent­-ils
des vociférateurs de places
laissez les grandes personnes refaire le monde
laissez la télé parler pour vous
laissez les gremlins vous représenter
de leurs balcons
c’est eux le peuple pas vous
d’ailleurs
si le message n’est pas entendu
nous avons prévu que de notre anus mondialisé
sortent des pets lacrymogènes bien sentis
vous êtes violents casseurs et rétrogrades
nous sommes le progrès la modernité en marche
la synthèse d’Uber et de Zola

oui
on n’est pas beaucoup sur la place
mais on est nombreux dans le monde
depuis toujours
on est nombreux
les plus nombreux
de Toussaint­Louverture à Rosa Luxembourg
de Babeuf à Che Guevara
je le sais
car c’est mon poème qui me le dis
il ne se trompe jamais
c’est un périscope qui permet de voir de côté et même de loin
l’avenir
ça donne du champ un poème
ça permet de respirer autrement
ça fait aimer les gens
ça fait voir des tulipes
à la place des pots d’échappement
et le ciel à la place du ciment

si on ne se connaît pas tous
on se reconnaît entre tous
les porteurs de poèmes
on sait qu’on a déjà vécu cela
cette respiration
et qu’après nous il y en aura d’autres
ne faiblissons pas
lançons toujours nos dés nos flèches
qu’importe la nuit
la dialectique des vents
trouvera les mots pour se retrouver
à chaque soir bien sombre de la terre
où que nous soyons dans le monde
il y aura toujours une nouvelle Commune

ne pas craindre
de fatiguer les mots
Marx à moteur
Marx kérosène
Marx fantôme qui ressort de son lit-­béral
Marx à ressorts comme le diable dans sa boîte-poubelle
Marxpédia
Marxtweet
Marxbook

la religion du capital
veut brûler le code du travail
vivent le 31 marx et ses enfants
que dans le gris s’élève
le soleil à barbe de l’humanité
on l’a échappé belle
le 1er avril n’eut pas été crédible

Thierry – Société – 106 mars

C’est l’histoire d’une société qui tousse
ça lui gratte la gorge et lui pique le nez
partout dans ses rues ça grouille de globules rouges à drapeaux
sur lesquels des casques bleus crachent leur fumée
on ne peut pas dire qu’il soit trop tôt
mais il se passe enfin quelque chose, ça pousse, ça promet

c’est l’histoire d’un monde tellement contradictoire
que tous ceux qui essaient de le comprendre se tiennent le cerveau à deux mains
heureusement certains n’essaient pas et c’est tant mieux pour eux
ils ont moins mal au dos et desserrent un peu les mâchoires
ils laissent au pavé ces jeux de mains et de vilains
pour profiter de juin, des raquettes ou d’autres jeux
que pratiquent de richissimes décérébrés

c’est un pays comme les autres tenu par une poignée
qui gouverne pour une autre
ces deux là s’entendent bien
ils font leurs affaires, s’échangent des politesses
quand l’une appelle la première « son altesse » celle-ci la nomme son tribun
et ensemble elles tombent d’accord pour inventer le sort
qui s’imposera à leurs sujets

C’est l’histoire du capital hégémonique
qui malgré tout arrive à se faire aimer des masses
et même si chacun sait qu’il ne saurait être moral
ses largesses rendent tout le monde amnésique
sur les têtes voûtées il s’épanche, il jure qu’il dispensera son or
ce qu’il a à offrir est un puits sans fond aux parois étanches
et même si ce qu’il prend laisse dans son sillon de grandes crevasses
ses héritiers l’acclament à l’unisson

c’est l’histoire d’un grand nombre à la dérive
qui s’en fout et ne dit rien
mais il serait bien indélicat de le blâmer
tant il lui manque des choses pour bien juger
à commencer par la bonne perspective
on lui dit « hais », il s’exécute
ne cherche pas plus loin
ce serait épuisant
il s’en prend tout bonnement à son voisin
aux indigents, aux migrants, aux différents
il n’aime pas trop qu’on en discute

C’est l’histoire d’une nation ou plus rien ne peut faire encore l’unanimité
à commencer par ce poème
car chacun aujourd’hui est producteur de vérité
et aucune ne vaut mieux que n’importe quelle autre
si ce n’est celle qui passe en boucle à la télé
à l’heure fatiguée que l’on voue au soir à BFM
le nouveau Dieu dont la parole sur le monde se vautre

C’est l’histoire d’un meurtre abject : l’assassinat de la dignité humaine
on relègue au rang de bêtes des créatures tellement belles
qu’on ne voit plus vibrer leur âme, leurs chansons ou bien leurs maux
C’est l’histoire d’un manque d’imagination vraiment cruel
dans cette secte, personne ne voudrait faire de leurs vies la sienne
personne ne peux décrire la guerre personne ne sait ce qu’est l’enfer
mais on les y laisse quand même, au nom d’idées
dont la moins fraternelle d’entre elles s’appelle « progrès »

C’est l’histoire de sages au dessus de tout ça
qui s’en vont vivre leur vie simple sur les sommets
le cœur gonflé par leur vertu, les mains tendues vers les demains
ils baissent dignement les bras
dans leur maquis de vert vêtu ils plantent les graines de l’après
sans s’apercevoir que pour chaque fleur qui naît
un océan se meurt
que pour chaque pan de liberté qu’ils conquièrent
un pays brûle de misère
ils ne savent pas encore qu’ils se leurrent
quand ils pensent que cultiver ou se cultiver suffira
et je n’aimerais pas être celui qui le leur dira

C’est cependant l’histoire de vrais poètes et philosophes
ceux-là n’ont plus de crayons
alors ils ont ramassé des pavés
quand ils avancent de tous âges, ça a une sacrée allure
ça danse
sous la houle sanguine et noire de leurs étoffes
ils écrivent dans l’action la plus sensée des réflexions
et dans le tohu-bohu cinglant de leurs exigences
on entend souffler un vent oublié
c’est celui qui vient après
un vent chaud de printemps qui amorce le dégel

C’est l’histoire d’une loi qui n’est plus qu’un prétexte
mais ils ne se battent plus contre elle seule
ce qu’ils veulent c’est la mort de tout le reste
en finir avec la finance, ses curés et ses messes quotidiennes
la fin des erreurs indigestes
ils veulent rouvrir les portes qui se ferment
car l’on s’emmure aussi avec nos haines
dans les vapeurs lacrymogènes
qui au soir ressemblent à un brouillard qui saigne
il y a des jeunes, il y a des vieux
des filles et des femmes
un courage furieux que rien n’entame
pour que le monde un jour vive mieux

Ce n’est en fin de compte que l’histoire du monde recommencée
ou de vieux débris farcis de monnaie minimisent les rêves
en les appelant des utopies
où la fière et belle relève s’attaque aux nécroses
avec du tissu et des mots
comme sur un feu ils attisent l’osmose
celle qu’il faudrait pour un jour atteindre
la société qu’ils souhaitent et que les puissants ne font qu’éteindre

C’est l’histoire d’une société qui en est là
dos à dos elle attend
semble t-il que chacun choisisse son camp
il ne manque pas grand-chose
si ce n’est que ceux qui regardent
sans savoir
sans oser choisir
en lisant
décident enfin
d’agir

Khalid – Doigt d’honneur – 106 mars

Une virgule et un point, un point et une virgule, point-virgule et un point, une virgule et un point d’honneur.
Une virgule à l’inverse, puis des mensonges mélangés avec de l’eau et des paroles d’honneur,
Un regard, une lumière qui murmure que c’est trop tard et des acteurs ringards,
Un autre regard, la lumière part et un bon acteur qui se lève, déchire ses vêtements et lance son doigt d’honneur,
C’est beau, c’est fort et ça sent les fleurs,
C’est beau, c’est fort et ça mérite une médaille d’honneur,
C’est beau.
C’est un oui !…
Un doigt d’honneur qui dit oui, oui, oui en inspirant, il est plus doux, plus beau, linéaire et différent,
Un doigt d’honneur qui fait battre le cœur et crée un sentiment différent,
Un sentiment d’angoisse souriant,
Un sentiment d’une pluie qui tombe dans la gorge du poisson,
Tout au fond de la sombre gorge du poisson… rouge,
Tout au fond de l’œil… rouge,
Tout au fond de la couleur rouge,
Rouge…
Une virgule à l’envers, un point rêveur et un doigt d’honneur,
Une virgule, les nerfs se forment, un point nageur et un doigt d’honneur,
Une virgule, les nerfs se forment, un monstre ça forme, un point sans sens, sans but, sans couleur et qui lance son magnifique doigt d’honneur,
Rouge…
C’est rouge
Un doigt rouge, indiscutable et qui porte un nom, un visage,
Un doigt rouge, au-dessus de la table, écrivant une fin au milieu de la page,
Un doigt
Rouge
Noir
C’est noir,
C’est un point, un espace et des spectateurs
Un point et la lumière qui meure,
Noir
C’est noir,
C’est Un doigt d’honneur qui porte le savoir.

Med’H – Paname, soulèves-toi ! – 105 mars

Paname, soulèves-toi !
Paname, debout, rappelles-toi, n’oublie pas,
Tant de luttes se sont passées sur tes vé-pa-(s).
Aujourd’hui des obscurantistes t’ont mutilée
Et tes dirigeants t’ont muselée.
Relèves-toi, Paname la communarde !
Tes enfants, t’attendent, s’attardent.
Écoutes-les, tout bas, ils chantent
Le Temps des cerises qui les hante.
Ils font leurs sales guerres
On récolte nos mortes et morts.
Le Capital ne souffre guère
Et de ses bénefs ne démord.
Paname te souviens-tu de 68 ?
Nous, on a envie d’une suite !
Vivre la solidarité et la liberté,
Nous n’allons pas te déserter.

Mellow Man – Le ver dans la pomme – 100 mars

On joue avec nos peurs pour nous mener par l’bout du nez
Afin qu’on brade nos libertés pour une illusion de sûr’té
On nous pré-conditionne pour être une masse prévisible
Orientable à souhait vers un politique, un produit cible
Ils ont voulu faire un système pour asservir les hommes
On déjouera leur stratagème, il y aura un ver dans la pomme.

On doit se serrer la ceinture pour qu’ils se goinfrent sous nos yeux
On doit sacrifier nos gamins, on doit enterrer nos vieux
Ils nous jettent leur discrédit (dix crédits) et veulent qu’on épouse la dette
Ils vident nos portefeuilles… mais ils nous bourrent la tête
Ils ont bâti un système pour exploiter les hommes
Mais il en prendra d’la graine, le ver dans la pomme.

On nous rabat les oreilles de mêmes discours sur tout’s les bouches
Leurs milles feuilles de chou déclinent les mêmes concepts sur tout’s les couches
C’n’est pas une conspiration, mais une coopération inconsciente
Quelques illusions nécessaires, des simplifications séduisantes
Mais les infos gardées secrètes, circulent grâce à quelques hommes
Elles se passent en sous-main, entre humains, entre vers de la pomme.

On fait tout pour nous distraire, nous éloigner de c’qui nous touche
C’est au profit matériel et à l’isolement que l’on nous pousse
On nous détourne notre attention par une boule à mille facettes
Ce qu’on est, c’est ce qu’on voit, ce qu’on a ? Ce qu’on achète !
Il y a les grandes lignes du système auxquelles on nous borne
Brisons – et non changeons – de chaîne ! Que le ver perce la pomme !

Caméra, biométrie, internet, RFID
Qu’on veuille notre profil, notre argent ou nos idées,
Quelles qu’en soient les raisons, politiques ou commerciales
Quelques soient les circonstances – de routine ou très spéciales –
Tant qu’il y aura un système pour espionner les hommes
Il y aura les gal’ries souterraines du ver dans la pomme !

Tant qu’il y aura des puissants envoyant bombes et matraques
Tant que se poursuivront les meurtres, les tortures, les traques
Tant que nous serons cobayes d’une expérience à fin de lucre
Où ils tirent la ficelle nous tenant à la vie, et nous la sucrent,
Tant qu’il y aura un système qui niera ce que nous sommes
Je vous invite, mes frères, à être le ver dans la pomme !

Nicolas – L’âne de Buridan – 100 mars

Scène 1

À la montagne. L’Âne de Buridan se tient immobile près d’une barrière. Lacan l’observe un long moment puis se met à parler.

Lacan: Comment allez-vous ?
L’âne: Mal.
Lacan: Qu’est-ce qui vous arrive ?
L’âne: Rien.
Lacan: Vous vous tenez debout sans bouger depuis ce matin.
L’âne: Qu’est-ce que ça prouve ?
Lacan: Qu’est-ce que vous croyez que cela puisse prouver ?
L’âne: Figurez-vous que j’ai faim et soif à la fois (ou soif et faim à la fois). Je pourrais manger et boire, ou boire et manger, mais je ne peux décider par quoi commencer.
Lacan: Vous avez un blocage.
L’âne: Pas du tout.
Lacan: Chaque fois que vous devez prendre une décision, vous refusez de prendre le risque de vous tromper, par peur des représailles.
L’âne: Non. Je prends mes responsabilités.
Lacan: Vous avez peur de regarder la réalité en face.
L’âne: Au contraire, je la regarde fixement.
Lacan: Et qu’est-ce que vous voyez ?
L’âne: De l’eau et de l’avoine. De l’avoine et de l’eau.
Lacan: Quand avez-vous vu de l’eau pour la dernière fois ?
L’âne: Je ne sais pas. Je n’ai rien de spécial à dire sur le sujet.
Lacan: Vous n’avez rien de spécial à dire sur le sujet ?
L’âne: Non. Quand j’étais enfant, ma mère m’emmenait souvent près d’un ruisseau. Je suppose que c’est ce genre de choses que vous voulez m’entendre dire…
Lacan: Humm…
L’âne: Je faisais bien attention de ne pas marcher dans l’eau, mais une fois j’ai glissé. Le ruisseau faisait un coude.
Lacan: Continuez.
L’âne: Vous ne croyez quand même pas que j’aie fait exprès pour me noyer ! Enfin, maintenant que vous le dites, je n’en suis plus sûr. Peut-être n’est-ce qu’un fantasme de ma part. Je ne sais pas.

Lacan se tait.

L’âne: Ah, comme je souffre ! Est-il donc possible d’avoir si faim et si soif (ou si soif et si faim) ?
Lacan: Les fantasmes sont la clef. Vous êtes bloqué au niveau de la représentation. Que symbolise l’avoine ?
L’âne: Rien. C’est la réalité.
Lacan: L’eau vous fait penser à votre mère…
L’âne: Oui…
Lacan: Parlez-moi de votre père.
L’âne: Je n’ai rien à dire sur mon père.
Lacan: Intéressant.
L’âne: Je ne vois pas ce qu’il y a d’intéressant.
Lacan: Vous refusez de dire ce que vous pensez. C’est une information intéressante.
L’âne: Cela ne veut pas dire que je lui en veux. Je ne vois pas pourquoi ce serait le cas.
Lacan: C’est le cas de le dire.
L’âne: Comment ça ?
Lacan: Ce n’est pas le K de le dire. C’est le D de le dire.
L’âne: Je n’y comprends rien.
Lacan: C’est bon signe.
L’âne: Comment sauriez-vous que je lui en veux ? Si du moins c’était le cas…
Lacan: Je ne savais pas que c’était le K jusqu’à ce que vous le Disiez. Qu’est-ce qui s’est passé ?
L’âne: Que voulez-vous qu’il se soit passé ?
Lacan: Que voulez-vous qu’il se soit passé ?
L’âne: Rien, je vous l’ai dit.
Lacan: Je suis tenu par le secret professionnel. Vous devez tout me dire. Il s’agit de dire tout, même et surtout ce qui est inconvenant.
L’âne: Je n’ai rien d’inconvenant à dire sur mon père. C’est un pauvre diable. Je trouve simplement qu’il aurait pu faire comme si j’existais, c’est tout.
Lacan: Vous lui en voulez ?
L’âne: Non.
Lacan: Vous avez le droit de haïr votre père.

L’âne baisse la tête.

L’âne: Quel piètre fils je fais.
Lacan: Nous sommes tous indignes de nos parents comme ils sont tous indignes de nous.
L’âne: Suis-je un monstre pour cela ?
Lacan: Nous sommes tous des monstres.
L’âne: Oui mais moi, je suis pire. J’en veux à mon père et à ma mère. Ils m’ont tout donné et à mon âge j’en suis encore à les admi… à les critiquer.
Lacan: À les admirer.
L’âne: À les critiquer.
Lacan: C’est vous qui l’avez dit.
L’âne: Vous pensez que c’est parce que je les admire que je suis bloqué ? Et que je n’ai que ce que je mérite ?
Lacan: Encore faudrait-il savoir exactement pourquoi vous l’avez mérité. Vous avez réussi à faire un lien entre votre mère et l’eau. Essayez de faire le lien entre votre père et cette avoine que vous croyez voir.
L’âne: Je ne vois pas le lien.
Lacan: C’est bon signe également.
L’âne: Je ne vois pas ce qui est bon signe.
Lacan: Ne pas le voir est aussi un signe. Vous avez toute la semaine pour réfléchir. Nous nous voyons samedi à la même heure, au même endroit.
L’âne: Samedi prochain, je serai mort. Je vais mourir de soif et de faim (ou de faim et de soif), avant la séance.
Lacan, avec un sourire complice: Pourquoi pas après ? — Allez, je vous vois la semaine prochaine. Nous resterons sur ce « mérite » et sur cette question : « Pourquoi vous l’avez mérité ? »
L’âne: Est-ce que je me sentirai mieux ensuite ?
Lacan: C’est une cure de psychanalyse, pas une injection de morphine. Je vous ai laissé parler en toute liberté, ce qui vous a permis de commencer un travail sur vous. Je crois que nous avons suffisamment détourné le problème. Le problème central est secondaire. Il faut toujours creuser pour créer d’autres problèmes, plus anodins mais plus difficiles à résoudre, car ils détiennent la clef du D de le dire. Je pense où je ne suis pas. Ce paradoxe recèle une telle puissance structuraliste que son illustration réductionniste, soit la signification de la répétition suspecte de la lettre « r » dans le mot arbre, dont on ne parle pas assez, contient la potentialité de donner une issue à la quasi-totalité des névroses de blocage.
L’âne: Ce que ces choses-là sont bien dites ! Cependant je n’ai rien compris. Je suppose que c’est bon signe.
Lacan: Bien sûr ! Je vous conseille de réfléchir sérieusement sur la succession symétrique des voyelles de ce mot : « mérité ». C’est un palindrome.
L’âne: D’accord. Je vous remercie, Monsieur. Au revoir.
Lacan, d’une voix chargée de sous-entendus: À la semaine prochaine !…

Lacan s’en va.

 

 Scène 2


 L’Âne souffre horriblement. Il se tient toujours immobile, mais cette fois en haletant de douleur. Un Chien de Diogène l’aperçoit au loin et s’approche.

Le chien: Hé, l’âne ! Ça va ?
L’âne: Non…
Le chien: Qu’est-ce que tu fais ?
L’âne: Je ne sais pas. Je réfléchis. Je ne sais pas.
Le chien: Tu as l’air hypnotisé.
L’âne: J’ai l’air hypnotisé.
Le chien: À quoi tu réfléchis ?
L’âne: Je vois quelqu’un.
Le chien: Où ça ?
L’âne: Je ne sais pas.
Le chien: Comment ça ?
L’âne: Il dit de réfléchir à « mérité » et de trouver pourquoi.
Le chien: Je ne comprends pas.
L’âne: C’est normal. C’est un psychanalyste.
Le chien: Ah, tu es en cure de psychanalyse ?
L’âne: Oui.
Le chien: Et tu vas mieux ?
L’âne: C’est encore trop tôt pour le dire. Ce n’est pas une injection de morphine.
Le chien: Mais on ne peut pas te laisser comme ça ! Tu me fais mal rien que de te regarder !
L’âne: Je ne supporte pas qu’on me regarde.
Le chien: Pourquoi tu ne me regardes pas ?
L’âne: Je suis hypnotisé.
Le chien: Par le seau d’eau ?
L’âne: Comment ça ? Qu’est-ce que tu racontes ? Tu veux dire que tu le vois, toi aussi ?
Le chien: Bien sûr !
L’âne: Le psychanalyste a dit que c’était une représentation, un fantasme !…
Le chien: Non, c’est bien un seau d’eau.
L’âne: En fait, je suis hypnotisé par le seau d’eau et le picotin d’avoine en même temps. Tu le vois aussi, le picotin d’avoine ?
Le chien: Oui.
L’âne: Eh bien, figure-toi que je meurs de soif et de faim en même temps, ou de faim et de soif en même temps. Je pourrais manger et boire, ou boire et manger, mais il faut choisir.
Le chien: Eh bien, commence par l’un des deux.
L’âne: Évidemment, mais par lequel commencer ? Ils sont à égale distance. J’ai aussi faim que soif et/ou aussi soif que faim. Je ne peux pas choisir. Je vais mourir. De faim et de soif, exactement en même temps. Je sens la mort approcher et je n’y peux rien. Je suis bloqué.
Le chien: Choisis l’eau.
L’âne: Pourquoi ?
Le chien: Parce qu’elle est plus près !

Le chien va pour saisir l’anse du seau d’eau par la gueule et l’apporte près de l’âne. Celui-ci se jette dessus et commence à boire goulûment.

 L’âne: Mon Dieu !

Il s’avance vers le picotin d’avoine, commence à le dévorer et tousse.

 Le chien: Mange lentement, tu vas t’étouffer…
L’âne: Oui, c’est vrai, il faut bien mâcher.

L’âne se met à manger plus sagement. Une fois l’avoine avalée, il finit le seau d’eau. Il respire, s’agrigole, bragoulote et regarde le chien. Il éclate en sanglots puis sourit.

L’âne: Ce que ça fait du bien ! Tu ne peux pas savoir ce que c’est que d’avoir si faim et si soif. J’ai été bien bête. Ce n’est pas étonnant que les gens me considèrent comme un âne. La prochaine fois, je m’avancerai vers le seau d’eau sans autre considération. Ainsi la distance entre moi et le seau sera moindre que celle entre moi et l’avoine, et je me mettrai à boire ! Ensuite, comme je n’aurai plus soif mais faim, je mangerai l’avoine et je serai rassasié. Je serai donc sauvé. Merci, gentil chien !
Le chien: Avec plaisir !
L’âne: Est-ce que je peux te montrer un magnifique point de vue d’où on voit une montagne ? Il y a un ruisseau qui fait un coude juste à côté !
Le chien: Avec joie !

Ils s’éloignent en devisant. Si tu deviens fou, croise un bon chien.

Olivier et cie – Nous nous sommes rassemblés – 100 mars

Nuit debout, Place de la République

Nous nous sommes rassemblés
car les mots ne sont plus
ce qui nous libère
Ils sont les convois marchands
arraisonnés pour une terre sêche

Nous trouverons ensemble
les mots qui hissent
le système jusqu’à la pente
Le système ivre de
ce qui le prive de son sens
Nous nous rassemblons
parce que la parole
est sacrée,
quand elle se délivre

Nous nous rassemblons
parce que nos corps veulent
vivre nos pensées ensemble

Nous nous rassemblons
parce que les mots
iront au delà de nos pensées,
si nous les disons ensemble
au delà de nos peurs
qui nous divisent

Debouts face à l’incompréhension
d’un monde sans mots,
ou avec trop de mots
qui nous perdent et nous divisent

Caresser aussi par cette envie de parler,
les mots multipliés,
les mots Debouts qui délivrent.

Yoam – Occident – 100 mars

Je viens de l’Occident…



Là où le mal-être règne et où la grisaille nous oppresse…

Là où l’on aime tous à se démener, dans des vies surchargées, encombrées, de tout un arsenal d’occupations aussi vaines qu’inutiles…



Là où l’on se retrouve tous à courir, à se précipiter et jouer des coudes, pour tenter inlassablement d’arracher le même petit bout d’horizon…

-

Chacun vit dans son monde, à cultiver son propre « je »…


Si bien que lorsqu’on nous met ensemble, collectivement, cela ne donne plus qu’un choc frontal de petites bulles, hermétiques et stériles, se livrant bataille et n’aspirant qu’à une chose : gonfler… gonfler encore et toujours plus… ! 

…

Mais éclateront-elles un jour… ?!? « 

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Une armée de poèmes pour la Nuit Debout