Archives pour l'étiquette #PoesieDebout

Thierry – Société – 106 mars

C’est l’histoire d’une société qui tousse
ça lui gratte la gorge et lui pique le nez
partout dans ses rues ça grouille de globules rouges à drapeaux
sur lesquels des casques bleus crachent leur fumée
on ne peut pas dire qu’il soit trop tôt
mais il se passe enfin quelque chose, ça pousse, ça promet

c’est l’histoire d’un monde tellement contradictoire
que tous ceux qui essaient de le comprendre se tiennent le cerveau à deux mains
heureusement certains n’essaient pas et c’est tant mieux pour eux
ils ont moins mal au dos et desserrent un peu les mâchoires
ils laissent au pavé ces jeux de mains et de vilains
pour profiter de juin, des raquettes ou d’autres jeux
que pratiquent de richissimes décérébrés

c’est un pays comme les autres tenu par une poignée
qui gouverne pour une autre
ces deux là s’entendent bien
ils font leurs affaires, s’échangent des politesses
quand l’une appelle la première « son altesse » celle-ci la nomme son tribun
et ensemble elles tombent d’accord pour inventer le sort
qui s’imposera à leurs sujets

C’est l’histoire du capital hégémonique
qui malgré tout arrive à se faire aimer des masses
et même si chacun sait qu’il ne saurait être moral
ses largesses rendent tout le monde amnésique
sur les têtes voûtées il s’épanche, il jure qu’il dispensera son or
ce qu’il a à offrir est un puits sans fond aux parois étanches
et même si ce qu’il prend laisse dans son sillon de grandes crevasses
ses héritiers l’acclament à l’unisson

c’est l’histoire d’un grand nombre à la dérive
qui s’en fout et ne dit rien
mais il serait bien indélicat de le blâmer
tant il lui manque des choses pour bien juger
à commencer par la bonne perspective
on lui dit « hais », il s’exécute
ne cherche pas plus loin
ce serait épuisant
il s’en prend tout bonnement à son voisin
aux indigents, aux migrants, aux différents
il n’aime pas trop qu’on en discute

C’est l’histoire d’une nation ou plus rien ne peut faire encore l’unanimité
à commencer par ce poème
car chacun aujourd’hui est producteur de vérité
et aucune ne vaut mieux que n’importe quelle autre
si ce n’est celle qui passe en boucle à la télé
à l’heure fatiguée que l’on voue au soir à BFM
le nouveau Dieu dont la parole sur le monde se vautre

C’est l’histoire d’un meurtre abject : l’assassinat de la dignité humaine
on relègue au rang de bêtes des créatures tellement belles
qu’on ne voit plus vibrer leur âme, leurs chansons ou bien leurs maux
C’est l’histoire d’un manque d’imagination vraiment cruel
dans cette secte, personne ne voudrait faire de leurs vies la sienne
personne ne peux décrire la guerre personne ne sait ce qu’est l’enfer
mais on les y laisse quand même, au nom d’idées
dont la moins fraternelle d’entre elles s’appelle « progrès »

C’est l’histoire de sages au dessus de tout ça
qui s’en vont vivre leur vie simple sur les sommets
le cœur gonflé par leur vertu, les mains tendues vers les demains
ils baissent dignement les bras
dans leur maquis de vert vêtu ils plantent les graines de l’après
sans s’apercevoir que pour chaque fleur qui naît
un océan se meurt
que pour chaque pan de liberté qu’ils conquièrent
un pays brûle de misère
ils ne savent pas encore qu’ils se leurrent
quand ils pensent que cultiver ou se cultiver suffira
et je n’aimerais pas être celui qui le leur dira

C’est cependant l’histoire de vrais poètes et philosophes
ceux-là n’ont plus de crayons
alors ils ont ramassé des pavés
quand ils avancent de tous âges, ça a une sacrée allure
ça danse
sous la houle sanguine et noire de leurs étoffes
ils écrivent dans l’action la plus sensée des réflexions
et dans le tohu-bohu cinglant de leurs exigences
on entend souffler un vent oublié
c’est celui qui vient après
un vent chaud de printemps qui amorce le dégel

C’est l’histoire d’une loi qui n’est plus qu’un prétexte
mais ils ne se battent plus contre elle seule
ce qu’ils veulent c’est la mort de tout le reste
en finir avec la finance, ses curés et ses messes quotidiennes
la fin des erreurs indigestes
ils veulent rouvrir les portes qui se ferment
car l’on s’emmure aussi avec nos haines
dans les vapeurs lacrymogènes
qui au soir ressemblent à un brouillard qui saigne
il y a des jeunes, il y a des vieux
des filles et des femmes
un courage furieux que rien n’entame
pour que le monde un jour vive mieux

Ce n’est en fin de compte que l’histoire du monde recommencée
ou de vieux débris farcis de monnaie minimisent les rêves
en les appelant des utopies
où la fière et belle relève s’attaque aux nécroses
avec du tissu et des mots
comme sur un feu ils attisent l’osmose
celle qu’il faudrait pour un jour atteindre
la société qu’ils souhaitent et que les puissants ne font qu’éteindre

C’est l’histoire d’une société qui en est là
dos à dos elle attend
semble t-il que chacun choisisse son camp
il ne manque pas grand-chose
si ce n’est que ceux qui regardent
sans savoir
sans oser choisir
en lisant
décident enfin
d’agir

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Khalid – Doigt d’honneur – 106 mars

Une virgule et un point, un point et une virgule, point-virgule et un point, une virgule et un point d’honneur.
Une virgule à l’inverse, puis des mensonges mélangés avec de l’eau et des paroles d’honneur,
Un regard, une lumière qui murmure que c’est trop tard et des acteurs ringards,
Un autre regard, la lumière part et un bon acteur qui se lève, déchire ses vêtements et lance son doigt d’honneur,
C’est beau, c’est fort et ça sent les fleurs,
C’est beau, c’est fort et ça mérite une médaille d’honneur,
C’est beau.
C’est un oui !…
Un doigt d’honneur qui dit oui, oui, oui en inspirant, il est plus doux, plus beau, linéaire et différent,
Un doigt d’honneur qui fait battre le cœur et crée un sentiment différent,
Un sentiment d’angoisse souriant,
Un sentiment d’une pluie qui tombe dans la gorge du poisson,
Tout au fond de la sombre gorge du poisson… rouge,
Tout au fond de l’œil… rouge,
Tout au fond de la couleur rouge,
Rouge…
Une virgule à l’envers, un point rêveur et un doigt d’honneur,
Une virgule, les nerfs se forment, un point nageur et un doigt d’honneur,
Une virgule, les nerfs se forment, un monstre ça forme, un point sans sens, sans but, sans couleur et qui lance son magnifique doigt d’honneur,
Rouge…
C’est rouge
Un doigt rouge, indiscutable et qui porte un nom, un visage,
Un doigt rouge, au-dessus de la table, écrivant une fin au milieu de la page,
Un doigt
Rouge
Noir
C’est noir,
C’est un point, un espace et des spectateurs
Un point et la lumière qui meure,
Noir
C’est noir,
C’est Un doigt d’honneur qui porte le savoir.

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Mellow Man – Le ver dans la pomme – 100 mars

On joue avec nos peurs pour nous mener par l’bout du nez
Afin qu’on brade nos libertés pour une illusion de sûr’té
On nous pré-conditionne pour être une masse prévisible
Orientable à souhait vers un politique, un produit cible
Ils ont voulu faire un système pour asservir les hommes
On déjouera leur stratagème, il y aura un ver dans la pomme.

On doit se serrer la ceinture pour qu’ils se goinfrent sous nos yeux
On doit sacrifier nos gamins, on doit enterrer nos vieux
Ils nous jettent leur discrédit (dix crédits) et veulent qu’on épouse la dette
Ils vident nos portefeuilles… mais ils nous bourrent la tête
Ils ont bâti un système pour exploiter les hommes
Mais il en prendra d’la graine, le ver dans la pomme.

On nous rabat les oreilles de mêmes discours sur tout’s les bouches
Leurs milles feuilles de chou déclinent les mêmes concepts sur tout’s les couches
C’n’est pas une conspiration, mais une coopération inconsciente
Quelques illusions nécessaires, des simplifications séduisantes
Mais les infos gardées secrètes, circulent grâce à quelques hommes
Elles se passent en sous-main, entre humains, entre vers de la pomme.

On fait tout pour nous distraire, nous éloigner de c’qui nous touche
C’est au profit matériel et à l’isolement que l’on nous pousse
On nous détourne notre attention par une boule à mille facettes
Ce qu’on est, c’est ce qu’on voit, ce qu’on a ? Ce qu’on achète !
Il y a les grandes lignes du système auxquelles on nous borne
Brisons – et non changeons – de chaîne ! Que le ver perce la pomme !

Caméra, biométrie, internet, RFID
Qu’on veuille notre profil, notre argent ou nos idées,
Quelles qu’en soient les raisons, politiques ou commerciales
Quelques soient les circonstances – de routine ou très spéciales –
Tant qu’il y aura un système pour espionner les hommes
Il y aura les gal’ries souterraines du ver dans la pomme !

Tant qu’il y aura des puissants envoyant bombes et matraques
Tant que se poursuivront les meurtres, les tortures, les traques
Tant que nous serons cobayes d’une expérience à fin de lucre
Où ils tirent la ficelle nous tenant à la vie, et nous la sucrent,
Tant qu’il y aura un système qui niera ce que nous sommes
Je vous invite, mes frères, à être le ver dans la pomme !

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Tom – Rêve général – 100 mars

Rêve générale
Ce gouvernement infernal,
Nous pousse à une grêve générale,
Mais le peuple est bien souverain,
Et on l’montrera dès demain,
Citoyen qui q’tu soit lève toi
Et rejoint notre lutte pour nos droits,
C’est notre droit, notre devoir,
Le soleil réchauffe notre espoir,
L’aube d’un jour nouveau arrive,
Menons a cette offensive.

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Abia – J’aiguise mon regard – 100 mars

J’aiguise mon regard
J’affûte ma raison
Pas d’échappatoire
Contempler la trahison
De la lune noire
Sur le soleil fécond
Et faire flétrir l’espoir
Des frêles bourgeons
Il n’y a qu’au voile du soir
Tissant son cocon
Pour des heures illusoires
Que se révèlent les intentions
Et sans crier gare
Je vois s’effondrer l’horizon

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Nicolas – L’âne de Buridan – 100 mars

Scène 1

À la montagne. L’Âne de Buridan se tient immobile près d’une barrière. Lacan l’observe un long moment puis se met à parler.

Lacan: Comment allez-vous ?
L’âne: Mal.
Lacan: Qu’est-ce qui vous arrive ?
L’âne: Rien.
Lacan: Vous vous tenez debout sans bouger depuis ce matin.
L’âne: Qu’est-ce que ça prouve ?
Lacan: Qu’est-ce que vous croyez que cela puisse prouver ?
L’âne: Figurez-vous que j’ai faim et soif à la fois (ou soif et faim à la fois). Je pourrais manger et boire, ou boire et manger, mais je ne peux décider par quoi commencer.
Lacan: Vous avez un blocage.
L’âne: Pas du tout.
Lacan: Chaque fois que vous devez prendre une décision, vous refusez de prendre le risque de vous tromper, par peur des représailles.
L’âne: Non. Je prends mes responsabilités.
Lacan: Vous avez peur de regarder la réalité en face.
L’âne: Au contraire, je la regarde fixement.
Lacan: Et qu’est-ce que vous voyez ?
L’âne: De l’eau et de l’avoine. De l’avoine et de l’eau.
Lacan: Quand avez-vous vu de l’eau pour la dernière fois ?
L’âne: Je ne sais pas. Je n’ai rien de spécial à dire sur le sujet.
Lacan: Vous n’avez rien de spécial à dire sur le sujet ?
L’âne: Non. Quand j’étais enfant, ma mère m’emmenait souvent près d’un ruisseau. Je suppose que c’est ce genre de choses que vous voulez m’entendre dire…
Lacan: Humm…
L’âne: Je faisais bien attention de ne pas marcher dans l’eau, mais une fois j’ai glissé. Le ruisseau faisait un coude.
Lacan: Continuez.
L’âne: Vous ne croyez quand même pas que j’aie fait exprès pour me noyer ! Enfin, maintenant que vous le dites, je n’en suis plus sûr. Peut-être n’est-ce qu’un fantasme de ma part. Je ne sais pas.

Lacan se tait.

L’âne: Ah, comme je souffre ! Est-il donc possible d’avoir si faim et si soif (ou si soif et si faim) ?
Lacan: Les fantasmes sont la clef. Vous êtes bloqué au niveau de la représentation. Que symbolise l’avoine ?
L’âne: Rien. C’est la réalité.
Lacan: L’eau vous fait penser à votre mère…
L’âne: Oui…
Lacan: Parlez-moi de votre père.
L’âne: Je n’ai rien à dire sur mon père.
Lacan: Intéressant.
L’âne: Je ne vois pas ce qu’il y a d’intéressant.
Lacan: Vous refusez de dire ce que vous pensez. C’est une information intéressante.
L’âne: Cela ne veut pas dire que je lui en veux. Je ne vois pas pourquoi ce serait le cas.
Lacan: C’est le cas de le dire.
L’âne: Comment ça ?
Lacan: Ce n’est pas le K de le dire. C’est le D de le dire.
L’âne: Je n’y comprends rien.
Lacan: C’est bon signe.
L’âne: Comment sauriez-vous que je lui en veux ? Si du moins c’était le cas…
Lacan: Je ne savais pas que c’était le K jusqu’à ce que vous le Disiez. Qu’est-ce qui s’est passé ?
L’âne: Que voulez-vous qu’il se soit passé ?
Lacan: Que voulez-vous qu’il se soit passé ?
L’âne: Rien, je vous l’ai dit.
Lacan: Je suis tenu par le secret professionnel. Vous devez tout me dire. Il s’agit de dire tout, même et surtout ce qui est inconvenant.
L’âne: Je n’ai rien d’inconvenant à dire sur mon père. C’est un pauvre diable. Je trouve simplement qu’il aurait pu faire comme si j’existais, c’est tout.
Lacan: Vous lui en voulez ?
L’âne: Non.
Lacan: Vous avez le droit de haïr votre père.

L’âne baisse la tête.

L’âne: Quel piètre fils je fais.
Lacan: Nous sommes tous indignes de nos parents comme ils sont tous indignes de nous.
L’âne: Suis-je un monstre pour cela ?
Lacan: Nous sommes tous des monstres.
L’âne: Oui mais moi, je suis pire. J’en veux à mon père et à ma mère. Ils m’ont tout donné et à mon âge j’en suis encore à les admi… à les critiquer.
Lacan: À les admirer.
L’âne: À les critiquer.
Lacan: C’est vous qui l’avez dit.
L’âne: Vous pensez que c’est parce que je les admire que je suis bloqué ? Et que je n’ai que ce que je mérite ?
Lacan: Encore faudrait-il savoir exactement pourquoi vous l’avez mérité. Vous avez réussi à faire un lien entre votre mère et l’eau. Essayez de faire le lien entre votre père et cette avoine que vous croyez voir.
L’âne: Je ne vois pas le lien.
Lacan: C’est bon signe également.
L’âne: Je ne vois pas ce qui est bon signe.
Lacan: Ne pas le voir est aussi un signe. Vous avez toute la semaine pour réfléchir. Nous nous voyons samedi à la même heure, au même endroit.
L’âne: Samedi prochain, je serai mort. Je vais mourir de soif et de faim (ou de faim et de soif), avant la séance.
Lacan, avec un sourire complice: Pourquoi pas après ? — Allez, je vous vois la semaine prochaine. Nous resterons sur ce « mérite » et sur cette question : « Pourquoi vous l’avez mérité ? »
L’âne: Est-ce que je me sentirai mieux ensuite ?
Lacan: C’est une cure de psychanalyse, pas une injection de morphine. Je vous ai laissé parler en toute liberté, ce qui vous a permis de commencer un travail sur vous. Je crois que nous avons suffisamment détourné le problème. Le problème central est secondaire. Il faut toujours creuser pour créer d’autres problèmes, plus anodins mais plus difficiles à résoudre, car ils détiennent la clef du D de le dire. Je pense où je ne suis pas. Ce paradoxe recèle une telle puissance structuraliste que son illustration réductionniste, soit la signification de la répétition suspecte de la lettre « r » dans le mot arbre, dont on ne parle pas assez, contient la potentialité de donner une issue à la quasi-totalité des névroses de blocage.
L’âne: Ce que ces choses-là sont bien dites ! Cependant je n’ai rien compris. Je suppose que c’est bon signe.
Lacan: Bien sûr ! Je vous conseille de réfléchir sérieusement sur la succession symétrique des voyelles de ce mot : « mérité ». C’est un palindrome.
L’âne: D’accord. Je vous remercie, Monsieur. Au revoir.
Lacan, d’une voix chargée de sous-entendus: À la semaine prochaine !…

Lacan s’en va.

 

 Scène 2


 L’Âne souffre horriblement. Il se tient toujours immobile, mais cette fois en haletant de douleur. Un Chien de Diogène l’aperçoit au loin et s’approche.

Le chien: Hé, l’âne ! Ça va ?
L’âne: Non…
Le chien: Qu’est-ce que tu fais ?
L’âne: Je ne sais pas. Je réfléchis. Je ne sais pas.
Le chien: Tu as l’air hypnotisé.
L’âne: J’ai l’air hypnotisé.
Le chien: À quoi tu réfléchis ?
L’âne: Je vois quelqu’un.
Le chien: Où ça ?
L’âne: Je ne sais pas.
Le chien: Comment ça ?
L’âne: Il dit de réfléchir à « mérité » et de trouver pourquoi.
Le chien: Je ne comprends pas.
L’âne: C’est normal. C’est un psychanalyste.
Le chien: Ah, tu es en cure de psychanalyse ?
L’âne: Oui.
Le chien: Et tu vas mieux ?
L’âne: C’est encore trop tôt pour le dire. Ce n’est pas une injection de morphine.
Le chien: Mais on ne peut pas te laisser comme ça ! Tu me fais mal rien que de te regarder !
L’âne: Je ne supporte pas qu’on me regarde.
Le chien: Pourquoi tu ne me regardes pas ?
L’âne: Je suis hypnotisé.
Le chien: Par le seau d’eau ?
L’âne: Comment ça ? Qu’est-ce que tu racontes ? Tu veux dire que tu le vois, toi aussi ?
Le chien: Bien sûr !
L’âne: Le psychanalyste a dit que c’était une représentation, un fantasme !…
Le chien: Non, c’est bien un seau d’eau.
L’âne: En fait, je suis hypnotisé par le seau d’eau et le picotin d’avoine en même temps. Tu le vois aussi, le picotin d’avoine ?
Le chien: Oui.
L’âne: Eh bien, figure-toi que je meurs de soif et de faim en même temps, ou de faim et de soif en même temps. Je pourrais manger et boire, ou boire et manger, mais il faut choisir.
Le chien: Eh bien, commence par l’un des deux.
L’âne: Évidemment, mais par lequel commencer ? Ils sont à égale distance. J’ai aussi faim que soif et/ou aussi soif que faim. Je ne peux pas choisir. Je vais mourir. De faim et de soif, exactement en même temps. Je sens la mort approcher et je n’y peux rien. Je suis bloqué.
Le chien: Choisis l’eau.
L’âne: Pourquoi ?
Le chien: Parce qu’elle est plus près !

Le chien va pour saisir l’anse du seau d’eau par la gueule et l’apporte près de l’âne. Celui-ci se jette dessus et commence à boire goulûment.

 L’âne: Mon Dieu !

Il s’avance vers le picotin d’avoine, commence à le dévorer et tousse.

 Le chien: Mange lentement, tu vas t’étouffer…
L’âne: Oui, c’est vrai, il faut bien mâcher.

L’âne se met à manger plus sagement. Une fois l’avoine avalée, il finit le seau d’eau. Il respire, s’agrigole, bragoulote et regarde le chien. Il éclate en sanglots puis sourit.

L’âne: Ce que ça fait du bien ! Tu ne peux pas savoir ce que c’est que d’avoir si faim et si soif. J’ai été bien bête. Ce n’est pas étonnant que les gens me considèrent comme un âne. La prochaine fois, je m’avancerai vers le seau d’eau sans autre considération. Ainsi la distance entre moi et le seau sera moindre que celle entre moi et l’avoine, et je me mettrai à boire ! Ensuite, comme je n’aurai plus soif mais faim, je mangerai l’avoine et je serai rassasié. Je serai donc sauvé. Merci, gentil chien !
Le chien: Avec plaisir !
L’âne: Est-ce que je peux te montrer un magnifique point de vue d’où on voit une montagne ? Il y a un ruisseau qui fait un coude juste à côté !
Le chien: Avec joie !

Ils s’éloignent en devisant. Si tu deviens fou, croise un bon chien.

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Olivier et cie – Nous nous sommes rassemblés – 100 mars

Nuit debout, Place de la République

Nous nous sommes rassemblés
car les mots ne sont plus
ce qui nous libère
Ils sont les convois marchands
arraisonnés pour une terre sêche

Nous trouverons ensemble
les mots qui hissent
le système jusqu’à la pente
Le système ivre de
ce qui le prive de son sens
Nous nous rassemblons
parce que la parole
est sacrée,
quand elle se délivre

Nous nous rassemblons
parce que nos corps veulent
vivre nos pensées ensemble

Nous nous rassemblons
parce que les mots
iront au delà de nos pensées,
si nous les disons ensemble
au delà de nos peurs
qui nous divisent

Debouts face à l’incompréhension
d’un monde sans mots,
ou avec trop de mots
qui nous perdent et nous divisent

Caresser aussi par cette envie de parler,
les mots multipliés,
les mots Debouts qui délivrent.

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Yoam – Occident – 100 mars

Je viens de l’Occident…



Là où le mal-être règne et où la grisaille nous oppresse…

Là où l’on aime tous à se démener, dans des vies surchargées, encombrées, de tout un arsenal d’occupations aussi vaines qu’inutiles…



Là où l’on se retrouve tous à courir, à se précipiter et jouer des coudes, pour tenter inlassablement d’arracher le même petit bout d’horizon…

-

Chacun vit dans son monde, à cultiver son propre « je »…


Si bien que lorsqu’on nous met ensemble, collectivement, cela ne donne plus qu’un choc frontal de petites bulles, hermétiques et stériles, se livrant bataille et n’aspirant qu’à une chose : gonfler… gonfler encore et toujours plus… ! 

…

Mais éclateront-elles un jour… ?!? « 

****

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Collectif Poésie Debout – Nous nous sommes rassemblés – 100 Mars

Nous nous sommes rassemblés

Nuit debout, Place de la République

Nous nous sommes rassemblés

car les mots ne sont plus

ce qui nous libère

Ils sont les convois marchands

arraisonnés pour une terre sêche

Nous trouverons ensemble

les mots qui hissent

le système jusqu’à la pente

Le système ivre de

ce qui le prive de son sens

Nous nous rassemblons

parce que la parole

est sacrée,

quand elle se délivre

Nous nous rassemblons

parce que nos corps veulent

vivre nos pensées ensemble

Nous nous rassemblons

parce que les mots

iront au delà de nos pensées,

si nous les disons ensemble

au delà de nos peurs

qui nous divisent

Debouts face à l’incompréhension

d’un monde sans mots,

ou avec trop de mots

qui nous perdent et nous divisent

Caresser aussi par cette envie de parler,

les mots multipliés,

les mots Debouts qui délivrent.

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André – ça chiffre – 100 mars

ça chiffre

Un deux trois quatre
et de cinq à sept
c’est d’la huit-six

laissons les moutons aux pâtres
et le silence aux ascètes
à Strasbourg les saucisses

Oh je vois bien que tu flanches
je mate derrière tes hanches
on a du pain sur la planche
qui a vu des oies blanches ?

un peu plus tard
just’avant midnight
on est au sky

(laisses les glaçons à la fonte
laisses les moutons à la tonte)

y a dix mille fêtards
tu passes à la coke light
putain ça déraille

j’vois bien qu’t’es pas franche
et tes seins quand tu te penches
qui me tirent par la manche
pendant qu’tu t’fais les dents blanches

deux automates
aux Abesses s’fait sept
huit heures cinq ou dix

presqu’à 4 pattes
rampons vers le 17
ième quartier factice

on s’en paye encore une tranche
je déambule derrière tes hanches
et j’fais la tronche quand toi bien franche
m’dis qu’on s’verra pas dimanche

(laisses les glaçons à la fonte
laisses les moutons à la tonte)

A.O.

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Ben – (à la gueule des gens) – 100 Mars

Aramis, l’arabesque harassant l’arachide

haro sur l’art à carreaux carottant Arrabal

Artaud, D’Artagnan d’arbre en arbre

l’araignée d’Aragon arrimant mes rêves aux parfums

pétard, arachnée, art, acnée

une adolescence à rebours arrachée aux martiens

je suis un chien

rongeant les mots comme des os

et aboyant mes vers atroces

à la gueule des gens

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Jean – Je n’ai jamais compris, admis – 100 Mars

Je n’ai jamais compris, admis

La haine d’autrui, de l’étranger

Cette richesse inouïe de beauté

Sa différence qui m’enrichit

Alors quel est ce ver

Qui ronge les temps

S’insinuant pervers

Dans les esprits, bavant

L’homme serait donc ce loup

Tout est permis, tout est fou

À délier ce lien qui est notre

Celui du fraternel autre

Car sans toi je n’avancerai

Nulle part, nul horizon

Pour trouver ce qui est bon

Cet être aimé, l’espéré

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Yoam – Les tisseurs de mondes – 100 mars

[-Les Tisseurs de Mondes-]

-

 

La Terre pleure…

…Et nous nous brûlons à vouloir toucher


La limite exprimable du Monde !



- Ne vois-tu pas l’espace-temps qui éclate ?!

…

Comme un appel au vide… !


-

Le monde est fini…

– Amis frères et soeurs,


Le monde est fini, et l’Uni-vers s’ouvre !

– Venez chanter, venez danser !

Nous entrons dans la ronde,


Tout doucement, dans la ronde de
…

L’Eternel Présent…

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Marie – J’entends – 92 Mars

La belle armée immobile
Assise
Agite les bras
Sous le regard complice
D’une dame en bronze
A l’allure fière

C’est notre mère
La république

C’est notre terre
C’est notre ville
Ce sont nos places
Tous réunis

La parole se libère
J’entends les voix
Contraires
Je vote
Je ne vote pas

En tailleur dans le silence
J’écoute tout
Les énervés, les agités, les timides,
Les doux rêveurs, les bourrés, les vieux,
Les jeunes, les pd, les sans papiers

Leurs mots se mêlent
S’enfilent comme des perles
Oh le beau collier de l’ag
C’est à mon cou que je le porte

Mais je suis là
Et je ne dis rien

Je suis là depuis des jours
Et je ne dis rien

J’observe
J’écoute
J’entends
Je vois
J’en rêve
Je rêve de discours par milliers

Mon silence n’est pas l’absence

Un jour
Nous aurons des fleurs

En attendant
S’agitent les graines

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Dimo – A notre Dame des Landes – 92 Mars

A Notre Dame des Landes
la ville a tout pris les murets
les jardins les fossés les chemins
n’en reste que des os
n’en reste plus rien
qu’une trame un écho
sous l’asphalte chante l’eau

mais les oreilles sont coupées
et les yeux font à l’écran
des sourires

on vous l’avait dit, on vous l’avait bien dit, ne partez pas c’est un piège, n’y allez pas restez ici !
ils vous retourneront le cerveau ce sont des sorciers ils ont les mots pour

relier les hommes le village global à une heure de Paris une chance pour l’emploi s’inscrire dans l’avenir
et puis diminuer les coûts durcir les mous plier les fous
tu sais les avions les camions les autoroutes
les tunnels
le gris


on t’avait prévenue petite araignée tu te retrouves toute nue
en dedans comme en dehors et tu tisses
tu tisses c’est comme un travail
ta toile est tout, tes fils vont partout
tu te crois encore au milieu

DIMO
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Anthony – (49.3) – 92 Mars

Je n’ai jamais cru en la démocratie…
En voici la preuve encore aujourd’hui
Les murs seront tagués des demain midi
Quarante-neuf-trois d’écrit,crs et cris.

Dessine moi l’Anarchie Saint Exupery
Il parait que les grands écrasent les petits
Chante moi La Solitude, Léo Ferré mon ami
Au moins nous serons pénard dans nos lits

Les chanteurs à minette ont envahis les ondes
Les Artistes engagés dans les oubliettes du monde
Votre quarante-neuf-trois fera t’il pleurer La Joconde ?
La terre grondera ma foi malgré vos nombres immondes !

La politique est devenu un grand calcul mathématique
Vos divisions nous font payer l’addition sous vos tropiques
Quarante-neuf-trois ou trois-quatorze la connerie est sans limite
Vos cerveaux n’ont pas de cœur et votre âme est hypocrite

Aujourd’hui je ne cherche plus le nombre de syllabes
Mes lettres et mes phrases marchent comme un crabe
Cette poésie incontinente Je l’ai écrite dans le sable
Elle n’est pas une loi violente créée par vos palabres

Anthony Peloux

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Florian – La nuit se lève – 92 Mars

Ouvrir,
s’ouvrir à l’incertain,
étreindre l’inconnu,
comme une vie florissante
page vierge en pleine rue.
Chaque pas, mesurer
l’infinie certitude,
celle de l’être qui dors,
celle du bébé qui joue.

Être comme on respire :
je suis, donc je suis.
Verticale,
horizontal,
vieux, jeune, grosse, émacié,
ample comme une ovale
souple comme un frisson
mobile permanence
pâle comme l’eau du lac.
D’où vient le bleu….
du souffle du ciel?
de l’âme de l’eau?
Qui donc observe ces couleurs…
notre œil est-il colorant?
Nos bouches émettrice,
sont elles une matrice ?
Mon nez est il un récepteur?
Est-il le Créateur?
J’abdique de mes passions,
j’éradique mes abandons,
je questionne l’abcès qui sonne à travers nous:
mettons l’essence dessus, dessous,
dedans dehors, tout est tout !
Je meurs d’être au monde

je ne vide rien.

Je suis la valse des pendus,
ma nuque est raide,
mon corps reclus,
la catharsis n’ira pas loin:
le remède est dans mon sein.
Comment faire…

Quoi dire…
Que questionner quand tout est simple?
Que mettre en cause quand tout est perdu?
Que devenir quand on est ?

Le mois de mars se prolonge
à l’infini
comme dans un songe.

La pluie n’interrompt pas la fête,
elle offre un festin pour la tête
qui mange, sympathique ogresse,
et comme sa panse caresse
les rêves de ces chers bambins
qui la troublent de leur éveil.

La vie suit son flot,
la rivière quitte son lit,
la nuit se lève.


Florian Baron
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AbSilence – Mal Luné – 92 Mars

Mal Luné

Au clair de la lune,
Il y a des gens qui dorment,
Je n’ai pas la plume,
Pour changer la norme.
Ma chandelle est morte,
Je n’ai plus la flamme.
Ouvre moi ta porte,
Pour un petit slam.

Au clair de la lune,
Des gens errent,
Des gens boivent,
Des gens meurent,
Des gens prient,
Des gens pleurent,
Des gens crient.
Des gens se sentent tout petits…
Pendant que d’autres dorment,
Dans la chaleur de leurs nuits.

J’ai demandé à la lune,
Pourquoi t’as rien dit ?
Elle répondit incrédule,
Qu’on ne voit rien la nuit.
Demande au soleil,
M’a-t-elle suggéré,
Voir ce qu’il voit lui,
Sans obscurité.

Je l’ai laissé entrer,
Cette étoile mal lunée,
Son regard éclairé,
Pourquoi n’a-t-il rien dit ?
Il m’a dit de me taire,
Qu’il fait ce qu’il peut,
Qu’il apporte la lumière,
Mais qu’en fait c’est pas mieux.

Car au clair du soleil,
Des gens errent,
Des gens boivent,
Des gens meurent,
Des gens prient,
Des gens pleurent,
Des gens crient.
Des gens se sentent tout petits…
Pendant que d’autres dorment,
Dans la chaleur de leurs vies.

Au clair de la lune,
Il y a des insomnies,
Je n’ai pas les plumes,
Pour leur faire un lit.
Ma chandelle est morte,
Je n’ai plus la flamme.
Ouvre leur ta porte,
Laisse entrer ces âmes.

Fallait qu’ils se rencontrent,
La lune et le soleil,
Qu’ils cessent de s’allumer,
Et tendent un peu l’oreille,
La paresse ajournée,
Dessinent une armistice,
Pour les laissé pour compte,
Le temps d’une éclipse.

A l’ombre du soleil,
A l’ombre de la lune,
Des gens flânent,
Des gens naissent,
Des gens rient,
Des gens baisent,
Des gens tombent amoureux,
Parfois les deux,

Des gens boivent, chantent et dansent…
Pendant que d’autres aussi,
Unis… dans l’absilence.

AbSilence

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